Si nous désignons par S la situation nette, nous pouvons donner à sa définition une forme mathématique simple:
(I) A-D=S
On peut l'écrire aussi :
(II) A=D+S
Ou encore
(III) A (D+S)=O
Chacune de ces trois formes de l'égalité fondamentale présente un intérêt distinct. Mais quelle que soit la forme choisie tout exprimer la relation qui, par définition, unit les trois termes A, D et S, cette relation constitue le « modèle » sur lequel se fonde et à partir duquel on peut logiquement expliquer la « méthode » comptable.
Il convient toutefois de faire encore une observation, importante encore qu'évidente : les sommations nécessaires à l'établissement de chacun des trois termes, aussi bien que leur confrontation, ne sont réalisables que par l'emploi d'une unité commune, et c'est l'unité monétaire courante qui est le plus généralement adoptée pour cet usage.
II résulte de cette nécessité d'évaluation un certain nombre de problèmes, difficiles et complexes pour la plupart; certains seront évoqués dans la suite, mais leur étude approfondie risquerait de déborder du cadre du présent ouvrage. Pour en prendre néanmoins dès maintenant une vue d'ensemble, voyons l'exemple simple de M. Gervais qui, souhaitant « faire le point » de sa fortune personnelle, recense les éléments qui constituent son patrimoine. Il constate:
1° qu'il est propriétaire :
2° que son employeur lui doit des commissions pour………………………………………………..4000F
3° qu'il doit lui même:
D'après cet inventaire, la richesse réelle de M. Gervais correspond à :
a) sa maison
b) son mobilier
c) la différence entre:
ce qui représente:
18000 2330= 15670F.
Lors de son précédent inventaire, M. Gervais n'avait pas encore acheté sa maison ; il a aussi, depuis, changé certains éléments de son mobilier et il a vendu sa voiture lorsque son employeur en a mis une à sa disposition. S'il veut apprécier l'évolution de sa fortune, M. Gervais ne peut dans ces conditions éviter d'évaluer sa maison et son mobilier, comme il avait dû évaluer sa voiture.
Il se trouve alors en présence de plusieurs possibilités entre lesquelles il doit choisir selon la perspective qu'il adopte : il sait que sa maison lui a coûté 80 000 F, et qu'au total son mobilier actuel lui a coûté environ 20 000 F. Mais il sait aussi que s'il revendait la maison il en obtiendrait peut être 85 000 F, et tout au plus 12 000 F du mobilier; au total 97 000 F au lieu des 100 000 F de l'achat.
M. Gervais aurait tendance à retenir, par prudence, ce dernier total; mais il se demande s'il ne devrait pas envisager les choses tout autrement, et tenter, par exemple, de calculer tout ce que représenterait le revenu de sa maison s'il la louait meublée. Il lui faudrait alors tenir compte de l'échelonnement de ce revenu dans le temps mais il pourrait le comparer, entre autres bases possibles d'appréciation, au revenu des placements que permettrait la revente correspondant à l'hypothèse précédente.
On perçoit ici que toute évaluation matérialise une manière de voir, et que la fortune de M. Gervais paraîtra plus ou moins grande selon qu'il retiendra l'une ou l'autre. Mais quoi qu'il en soit de ce choix, qui sera examiné plus loin, le mécanisme que nous allons étudier n'en est pas affecté. Nous constaterons en effet sa souplesse et son universalité, qui le rendent apte à la manipulation d'évaluations conventionnelles aussi bien que réelles, subjectives aussi bien qu'objectives ; il reste que la signification des informations dépend des «valeurs» introduites dans le système. Dans la mesure, toutefois, où l'unité monétaire se dégrade avec le temps et perd ainsi sa qualité fondamentale d'unité constante de mesure, il est clair que les « mouvements» que la comptabilité doit saisir risquent d'apparaître avec une déformation, surtout si la période observée est longue. Notons encore que, du fait de l'évaluation inévitable, il faut modifier la définition liminaire de la comptabilité qui devient, toujours selon E. de FAGES, la « numération des valeurs en mouvements ».
A ces remarques sur l'expression des éléments du « modèle », il convient d'ajouter la suivante, qui met l'accent sur l'une de ses implications du fait même de sa définition, la situation nette n'est pas une donnée, mais une conséquence de la relation entre A et D ; elle varie dans toute la mesure où les variations respectives de A et de D sont indépendantes:
Les conséquences de ce caractère fondamental apparaîtront au fur et à mesure de la recherche que nous entreprenons maintenant, mais elles sont parfaitement connues de tous: qu'est ce qu'une situation de règlement judiciaire sinon celle tour laquelle A est plus petit que D, S se trouvant en conséquence < O?