En premier lieu, on soulignera que le choix de la valeur de réalisation s'entend de chacun des éléments à évaluer considéré distinctement.
L'hypothèse est en contradiction aussi évidente que totale avec la vocation de l'entreprise qui est, on le sait, de survivre en poursuivant son activité bien que d'usage généralisé, cette référence justifie donc les plus sérieuses réserves, en ce qu'elle tient davantage du pessimisme que de la prudence.
Elle a, de plus, deux conséquences notables:
1° Première conséquence: comme les éléments d'actif recensés au bilan sont finalement évalués les uns au coût, les autres à leur valeur de réalisation, on pourrait avancer que leur total, hétérogène, est de ce fait même dépourvu de signification. Apparemment fort, l'argument n'est pas dirimant: le processus comptable de la « correction » ne se réduit pas à la substitution d'un terme à l'autre dès lors qu'il laisse subsister la mention du coût même lorsqu'il n'est pas la base d'évaluation finalement retenue, il suffit d'une présentation judicieuse pour atténuer sensiblement l'inconvénient en question comme on l'a également vu en observant la présentation française du bilan, les trois colonnes prévues à l'actif permettent de mentionner distinctement
Les coûts/lies corrections (s'il y a lieu) /l'évaluation retenue
Permettant le calcul explicite de l'évaluation finale, cette juxtaposition enrichit l'information : la nature des mentions figurant respectivement dans les deux premières est homogène, le total de chacune d'elles étant de ce point de vue significatif ; le troisième total, s'il reste effectivement hétérogène, est clairement analysable; il importe toutefois de ne pas se méprendre sur sa signification, et c'est la seconde conséquence de la règle de prudence qu'il faut maintenant examiner.
2° Cette seconde conséquence est probablement à l'origine des plus graves incompréhensions dont souffre la comptabilité: représentant au plus la valeur des éléments de l'entreprise à la casse, le total du bilan n'exprime pas la valeur de l'entreprise elle même, en tant qu'ensemble organisé de moyens permettant d'exercer une activité d'ordre économique. Chacun sait que la valeur de l'ensemble n'est pas la somme des valeurs de ses éléments, et l'on pourrait s'étonner et regretter que l'unanimité de l'accord existant sur cette constatation ne se soit pas traduit par une révision des pratiques usuelles.
Cela pourrait paraître d'autant plus surprenant que, nous l'avons relevé, il n'existe pas en l'objet de véritable contrainte juridique : le bilan doit être sincère et régulier, et la question pourrait être finalement de savoir si cette prescription, formelle et légitime, est compatible avec la tradition que nous examinons. En fait, l'absence de portée réelle d'un consensus théorique aussi répandu s'explique, probablement, par deux raisons : le poids de la tradition, les difficultés pratiques auxquelles se heurterait la traduction concrète dudit consensus :
En définitive, il s'agit d'opposer deux concepts et d'identifier leur différence :
c'est précisément cette organisation qui caractérise le premier terme: la valeur de l'ensemble en tant que moyen organisé d'activité, c'est à dire sa valeur d'usage; en dehors du fait que l'ensemble a dans cette acception un caractère global et insécable, cette valeur devrait exprimer l'effet de ses relations souhaitées, possibles et prévisibles avec l'environnement, compte tenu de la qualité de l'organisation, des moyens sans laquelle l'utilité de l'ensemble serait inexistante, de leur degré d'adéquation aux objectifs de la firme et des compétences de ses responsables dans leur utilisation.
La confrontation des caractéristiques respectives des deux concepts montre bien que la différence à identifier est complexe, qu'elle représente la qualité de l'organisation en tant que telle, qu'elle mesure le degré d'aptitude de l'entreprise à atteindre ses objectifs.
Il est inutile de souligner que cette notion, que l'on peut désigner par le vocable anglo saxon intraduisible de Goodwill, est d'ordre typiquement subjectif ; non seulement sa quantification est en conséquence aussi vulnérable que délicate, mais il n'est pas surprenant que sa publicité ne soit pas toujours jugée opportune par les responsables de l'affaire.
On s'explique dans ces conditions les réticences des professionnels comptables à l'introduire dans une comptabilité destinée, entre autres fins, à faire preuve:
En conclusion sur ce point, il apparaît que dans le cas où l'on souhaiterait introduire cette différence (et son évolution) en comptabilité, il faudrait le faire d'une façon suffisamment spécifique pour écarter tout risque de confusion. Un compte du type « Inventaire permanent des potentialités » proposé en section ci-dessus pourrait probablement convenir.
Une chose est sûre, quoi qu'il en soit: l'appréciation périodique des résultats ne peut être totale que si, en plus des effets immédiatement tangibles de l'activité enregistrés en comptabilité selon la tradition, on tient compte aussi de l'effet induit de cette activité sur le « Goodwill », même s'il n'est pas mesurable avec précision. Mais les observations faites ne concernent, répétons le, que l'enregistrement en Comptabilité Générale puisque, pour des raisons diverses et notamment les besoins d'information de la gestion, on peut en Comptabilité Analytique s'écarter des évaluations fondées sur la stricte observation des règles juridiques.
Les développements qui précèdent, s'ils n'ont pas permis d'énoncer et moins encore d'approfondir tous les problèmes de l'évaluation, constituent un avertissement suffisant pour que l'on puisse aborder l'étude des provisions pour dépréciation sans danger d'erreur sur leur signification.